2026 : 40 ans d'aide aux victimes
Mémoires Vives - 40 ans au cœur de l'aide aux victimes
Le 1er juin 2026, la Fédération France Victimes a rassemblé près de 300 personnes professionnels de l'aide aux victimes, acteurs du monde médical et social, chercheurs, psychologues, magistrats et victimes elles-mêmes, pour marquer quarante ans d'engagement à leurs côtés.
Pensé comme un temps fort, ce colloque-anniversaire s'articulait autour d'une interrogation de fond : au fil de ces quatre décennies, comment l'aide aux victimes s'est construite et institutionnalisée; comment a-t-elle développé une expertise de terrain et s'est organisée au niveau fédéral. La journée, riche et dense, a alterné séances plénières, de quatre ateliers en parallèle et une conférence de clôture, avec la présence du Garde des Sceaux.
Ouverture :
Des soutiens institutionnels forts pour ouvrir ces 40 ans

De gauche à droite: Jérôme Bertin, Alexandra Louis, Maryse Le Men Régnier
La matinée a débuté par les allocutions d'ouverture de Maryse Le Men Régnier, Présidente de la fédération France Victimes, et d'Alexandra Louis, Déléguée Interministérielle à l'Aide aux Victimes. Cette dernière a salué quarante années d'engagement du Réseau, rappelant les mots de Robert Badinter qui, dès les années 1980, dénonçait déjà l'isolement des victimes au sein de la société, tout en reconnaissant les difficultés financières que traverse aujourd'hui le secteur.
Elle a esquissé trois axes prioritaires pour l'avenir : garantir la pérennité du secteur, accroître sa visibilité, et faire évoluer les pratiques face aux défis émergents (conflits armés, dérèglement climatique, violences numériques et systémiques).
« Vous êtes plus qu'une bouteille à la mer : face aux vagues, vous êtes leur phare dans la nuit. » - Alexandra Louis, Déléguée Interministérielle à l'Aide aux Victimes
Conférence introductive :
De l'INAVEM à France Victimes : 40 ans d'accompagnement des personnes victimes

Jérôme Moreau, Vice-Président et porte-parole de la Fédération, est revenu sur l'histoire du Réseau depuis sa création à Marseille le 7 juin 1986. En près de quarante ans, le nombre de victimes accompagnées est passé de 20 000 en 1986 à près de 500 000 en 2025, à travers un maillage de 127 associations membres réparties sur le territoire hexagonal et en Outre-Mer.
Son introduction a fait ressortir trois piliers ayant façonné cette trajectoire : une force associative en mouvement, portée par la pluridisciplinarité des équipes (juristes, psychologues, travailleurs sociaux) ; une expertise nourrie par une logique d'universalisme, étendue au fil du temps aux victimes d'attentats, d'accidents collectifs et de catastrophes climatiques ; et une voix propre, incarnée par un plaidoyer national affirmé et une présence européenne renforcée au sein de Victim Support Europe.
« Être victime ne constitue-t-il pas un nouveau risque social qu'il faudrait poser, au même titre que la maladie, la vieillesse, la famille ? » - Jérôme Moreau, Vice-Président de la Fédération France Victimes
Plénière matin :
Mémoire vive, mémoire d'archive : penser la place de la victime

Animée par Isabelle Sadowski, Directrice générale adjointe de la Fédération, cette première séance plénière a permis d'interroger les racines historiques, juridiques et sociales de la reconnaissance des victimes, à travers trois regards croisés.
Hélène Farge, avocate au Conseil d'État et à la Cour de cassation, a retracé le chemin parcouru par les droits procéduraux de la victime, de la loi Guigou du 15 juin 2000 jusqu'aux réformes les plus récentes, en montrant comment le statut de partie civile s'est peu à peu affirmé face au ministère public. Les attentats de 2015-2016, tout comme le mouvement #MeToo, ont joué le rôle de catalyseurs dans cette évolution.
Francesco Nardone, doctorant en sciences politiques, a éclairé l'histoire de la reconnaissance du traumatisme, depuis l'entrée du PTSD dans le DSM en 1980 jusqu'à la création des CUMP au lendemain des attentats de 1995. Il a souligné que le statut de victime demeure une conquête jamais définitivement acquise, sans cesse mise à l'épreuve par les normes sociales et certains courants régressifs.
Magali Blasco, directrice de l'AMAV – France Victimes 84, a pour sa part témoigné de la mutation des pratiques associatives : d'un simple accueil-information vers un accompagnement professionnalisé, coordonné et inscrit dans la durée, présent au cœur des tribunaux, commissariats, hôpitaux et maisons de justice.
« La reconnaissance n'est pas un état, n'est pas un acquis : le statut de victime reste une conquête à rebours de normes sociales. » - Francesco Nardone, doctorant en sciences politiques
Ateliers simultanés :
Quatre ateliers thématiques pour approfondir les enjeux
L'après-midi s'est poursuivie avec quatre ateliers organisés en parallèle, offrant aux participants l'occasion d'approfondir des thématiques spécialisées en petits groupes, avant de se retrouver pour la plénière de clôture.
Atelier 1 - Le paradoxe de la mémoire : de l'amnésie à l'hypermnésie
Cet atelier s'est penché sur les mécanismes de la dissociation traumatique et leurs répercussions concrètes pour les professionnels de l'accompagnement comme de la Justice. Un principe a guidé l'ensemble des échanges entre cliniciens, pharmacologues et travailleurs sociaux : l'amnésie ne signifie pas absence de traumatisme.
Animatrices :
- Carole Damiani - Directrice de Paris Aide aux Victimes - PAV 75
- Sara Garcia Diaz - Psychologue référente de la Fédération
Intervenants :
- Fatima le Griguer - Psychologue clinicienne responsable coordinatrice de l'USAP CRPPN / Maison des femmes santé
- Leïla Chaouachi - Pharmacienne, Fondatrice du Centre de Référence sur les Agressions Facilitées par les Substances (CRAFS)
- Laura Rossez - Intervenante sociale - SCJE 59
Atelier 2 - Les pôles et structures spécialisés : mieux construire la mémoire judiciaire ?
Cet atelier a examiné la manière dont les structures judiciaires spécialisées parviennent à préserver, dans la durée, la parole des victimes, en s'appuyant sur les expériences croisées du pôle des crimes sériels ou non-élucidés de Nanterre, du parquet de Versailles dans sa formation dédiée aux violences intrafamiliales, et des Maisons des Femmes.
Animatrices :
- Julia Soiron - Responsable du Service Animation Réseau de la Fédération
- Pauline Okroglic - Juriste référente de la Fédération
Intervenants :
- Marie-Céline Lawrysz - Procureure de la République adjointe près le Tribunal judiciaire de Nanterre, pôle national des crimes sériels ou non élucidés
- Audrey Muylle-Boldron - Substitut du Procureur, chef de la Section des Affaires Familiales et des Mineurs (SAFMI) du parquet de Versailles
- Ghada Hatem - Gynécologue obstétricienne, Présidente de l'association Maisons des femmes/Restart
Atelier 3 - La mémoire en construction et l'accompagnement des victimes mineures
Du psychotraumatisme chez l'enfant aux auditions menées en salles "Mélanie", sans oublier le mandat d'administrateur ad hoc, cet atelier a fait ressortir la spécificité de l'accompagnement des mineurs victimes ainsi que les innovations mises en place sur le terrain.
Animatrices :
- Alexandra Tkaczynski - Référente accompagnement social de la Fédération
- Mathilde Boudot - Juriste assistante de la Fédération
Intervenants :
- Stéphanie Riou - Administrateur Ad Hoc JEC03
- Gilbert Vila - Pédopsychiatre, responsable du Centre de Victimologie pour Mineurs, Hôpital Trousseau à Paris
- Alain Bouchard - Directeur de France Victimes 54
- Anne-Laure Perronneau - Adjudante cheffe et instructeur au CNFRI (Centre National de Formation au Renseignement et à l’Investigation)
Atelier 4 - Récits individuels et mémoire collective
La violence isole et fragilise. Elle individualise les récits; mais elle nous interroge en tant que collectif et sur notre capacité à restaurer le lien. Depuis 40 ans, l’aide aux victimes accompagne précisément cette tension : réparer l’intime tout en reconstruisant du commun. Cet atelier a posé deux questions fondamentales : comment une société transforme-t-elle des expériences individuelles de victimisation en mémoire collective ?
Animatrices :
- Noëmie Bertomeu Bianco-Dolino - Responsable communication et relations publiques de la Fédération
- Géraldine Bouhedja - Cheffe de la Plateforme Téléphonique d'Aide aux Victimes de la Fédération
Intervenants :
- Denis Peschanski - Directeur de recherche émérite au CNRS
- Robert Cario - Professeur émérite de criminologie à l’université de Pau et des Pays de l’Adour, Président fondateur de l’IFJR
- Marion Dubreuil - Journaliste et dessinatrice judiciaire
- Caroline Langlade - Co-fondatrice de Life for Paris
Temps fort :
La victime au cœur de l'institution judiciaire : les engagements du Garde des Sceaux

La journée a été marquée par la venue de Gérald Darmanin, Ministre de la Justice. Il a admis le décalage persistant entre les ambitions affichées en matière d'aide aux victimes et les pratiques réelles de l'institution judiciaire, encore trop souvent centrée sur l'auteur.
Il a détaillé plusieurs engagements concrets : la prochaine création d'une Direction des Victimes et des Usagers, forte de 80 agents, dont la préfiguration a été confiée à Marie Grosset ; une circulaire invitant les juridictions à intégrer la politique en faveur des victimes dans leurs conseils de juridiction ; ainsi que la généralisation de la contribution citoyenne, exigée de certains auteurs d'infractions afin de soutenir financièrement les associations d'aide aux victimes agréées.
« Des magistrats m'expliquent que c'est bien le procès de l'auteur qui compte - ces propos sont des propos d'arrière-garde, décalés avec ce qu'un système moderne devrait faire. » - Gérald Darmanin, Garde des Sceaux
Conférence de clôture :
L'aide aux victimes du futur
La plénière de clôture, co-animée par Isabelle Decosterd (France Victimes 16) et Jean-Pascal Thomasset (France Victimes 01), a tourné le regard du Réseau vers l'avenir, à travers quatre interventions complémentaires.
André Laurent, Président de SOS France Victimes 67, a ouvert le débat sur l'intelligence artificielle appliquée à l'aide aux victimes : des opportunités bien réelles (synthèse de dossiers, détection de signaux faibles, allègement de la charge cognitive), mais un principe intangible, l'IA dégage du temps pour l'humain, elle ne s'y substitue jamais.
« Ce que l'IA ne peut pas faire, c'est regarder une victime dans les yeux et lui dire : je vous crois. » - André Laurent, Président de SOS France Victimes 67
Marie Grosset, préfiguratrice de la nouvelle Direction des Victimes et des Usagers au ministère de la Justice, a réaffirmé sa volonté de co-construire cette direction avec le réseau associatif, qu'elle a qualifié de « courroie de transmission entre le citoyen et l'État providence ».
Jérôme Bertin, Directeur général de la Fédération, a clôturé la séance par une défense affirmée du modèle associatif face à la montée du secteur privé marchand, et a posé les jalons d'une charte universelle des victimes : sept principes fondateurs, dignité, écoute inconditionnelle, confidentialité, non-discrimination, autonomie, continuité, transparence, appelés à devenir un socle opposable à l'ensemble des acteurs de l'aide aux victimes.
« Accompagner une victime, ce n'est pas une prestation - c'est s'engager dans une relation humaine dans la durée. Cette relation ne se met pas en concurrence. » - Jérôme Bertin, Directeur général de la Fédération France Victimes
Conclusion :
Lettre aux victimes de demain

Maryse Le Men Régnier, Présidente de la Fédération, a mis un point final à la journée avecune lettre solennelle adressée aux victimes du futur. En retraçant les combats menés depuis 1986, conquête des droits procéduraux, professionnalisation des équipes, accompagnement des grandes crises collectives, elle a esquissé un avenir où les violences se feront numériques, massives, parfois invisibles, mais où les besoins humains, eux, resteront inchangés : être entendu, être cru, ne jamais rester seul.
« Une société se mesure moins à la manière dont elle punit qu'à la manière dont elle protège et relève. » - Maryse Le Men Régnier, Présidente de la Fédération France Victimes
Exposition :
« We can be heroes » - Fred Kleinberg
À l'occasion de ce colloque anniversaire, l'artiste Fred Kleinberg a généreusement prêté plusieurs tableaux de grandes figures pour accompagner les 40 années d'engagement de la Fédération France Victimes.
Au travers de six portraits de sa série « We can be heroes », Fred Kleinberg fait revivre des personnalités dont la parole et le geste ont marqué l'histoire de la dignité humaine et de la résilience. Chacune des figures représentées incarne un instant où une conscience individuelle a infléchi le cours de notre histoire collective, changeant l'épreuve en principe et l'injustice en droit. Cet ensemble tisse un fil où dignité, réparation et transmission ancrent la mémoire au cœur du présent, un écho naturel aux valeurs portées depuis quarante ans par le réseau.
Conférence annuelle de Victim Support Europe à Paris :

Les 2 et 3 juin 2026, la Fédération France Victimes était présente à l'Espace Saint-Martin à Paris pour la conférence annuelle de Victim Support Europe (VSEAC2026), le même lieu qui avait accueilli le colloque des 40 ans du Réseau. Cet événement a réuni des professionnels de toute l'Europe autour du pilotage, du financement et de l'avenir de l'aide aux victimes. Maryse Le Men Régnier est intervenue lors de l'ouverture aux côtés de Rosa Jansen, Présidente de Victim Support Europe. Plusieurs membres et représentants du Réseau ont pris part aux échanges : Marie Grosset et Anne Decung (France Victimes ADAVEM JP 40) lors des sessions du premier jour, Jérôme Moreau à la clôture de cette même journée, suivie d'un dîner de gala à bord d'une croisière sur la Seine. Puis Jérôme Bertin, Directeur général de la Fédération, en ouverture des travaux du second jour consacrés à la pérennité des structures d'aide aux victimes. Isabelle Sadowski a enfin participé à la cérémonie de clôture, marquée par la remise symbolique de la flamme de la conférence à la délégation néerlandaise.
📚 Les ressources de ce colloque anniversaire
- Le programme complet du colloque
- Les résultats des Mentimeter
- La série vidéo Mémoires Vives des fondateurs, fondatrices de l'aide aux victimes, et présidents, présidentes de la Fédération anciennement appelé INAVEM.
Un immense merci à l'ensemble des intervenants, animateurs, partenaires institutionnels et membres du Réseau qui ont fait de ce colloque un moment exceptionnel.
Rendez-vous les 10 et 11 juin 2027 à Bourg-en-Bresse pour les 39es Assises Nationales de l'Aide aux Victimes.



L'INAVEM est partenaire de ces trois oratorios profanes de Thierry Machuel, et plus spécifiquement, la fédération a aidé le compositeur à entendre la parole de personnes victimes, leurs mots, mais également, leurs silences.



LE GARDE DES SCEAUX, EN PHASE AVEC l'INAVEM
teur « c’est la rencontre entre une intuition politique forte et un besoin social incontournable ». Aujourd’hui, elles sont 150 et elles sont incontournables…Quant à la panoplie d’aide aux victimes, Hubert Bonin en a énuméré les grandes lignes, précisant au passage que « nous sommes associations d’aide aux victimes et non pas associations de victimes ». Nuance. Et l’INAVEM veut développer une prise en charge globale et généraliste de la victime. Avec deux composantes qui sont soit salariées soit bénévoles. Mais toujours formées à la mission impartie. Avec un code de déontologie fort et l’adhésion à la « charte des services associatifs habilités par l’INAVEM ». Maillage territorial, liens forts et privilégiés avec les Cours d’appel, les chefs de Cour, les magistrats délégués à la politique associative, soutien et accompagnement de catégories particulières de victimes, dispositifs adaptés aux accidents collectifs, procès sensibles, administration ad hoc pour l’accompagnement des mineurs victimes avec un groupe de travail permanent au sein de l’INAVEM, un groupe « Chancellerie » et pour finir la médiation pénale qui est au cœur de la « justice restaurative ». Tout cela, Hubert Bonin l’a évoqué et énuméré non sans parler de la Fédération Citoyens et justice avec laquelle l’INAVEM participe activement. Mais il a aussi adressé une supplique au garde des Sceaux : « il faut remédier aux variations des politiques pénales dans le temps et l’espace. Elles affaiblissent grandement les politiques associatives et plus particulièrement l’aide aux victimes mais aussi les alternatives comme la médiation pénale.Hubert Bonin a surtout lancé un appel à l’Etat pour qu’il assume le coût d’une aide aux victimes. Il estime qu’avec 30% du financement global de l’aide aux victimes , cela demeure très insuffisant bien qu’ayant double les dernières années. » Il nous faut sortir de la précarité financière, de la quête aux financements toujours incertains. Et Hubert Bonin soulève la question du mécénat, des financements privés en engageant un vrai débat sur la place de l’aide aux victimes, sur son coût, sur son financement.Il pose aussi la question de savoir si la démarche interministérielle est adaptée aux attentes de l’INAVEM. Plusieurs dates sont à prendre en compte : 1996 avec Luc Barret président de l’INAVEM, suivi par le rapport Lienemann et ensuite la mise en place du Conseil national de l’aide aux victimes (CNAV). Mais, estime Hubert Bonin, « la structure est souple comme une bonne instance de réflexion et de proposition » mais le costume et le cadre sont trop étriqués. Et de s’interroger : faudrait-il une instance ayant une réelle autonomie juridique, une légitimité plus forte et un budget autonome adapté ? Délégation interministérielle ? Autorité supérieure ? Agence nationale ?, qui serait un interlocuteur de poids pour l’INAVEM, représentatif de la nécessaire articulation entre tous les ministères au plus haut niveau de l’Etat.Enfin, Hubert Bonin évoque le débat d’idées qui s’engage, stigmatisant la part trop grande qui serait donnée au compassionnel et à l’émotionnel, ceux que certains appellent même de façon péjorative la dérive victimaire et qui aurait pour effet de remettre en cause la conception et la philosophie de l’aide aux victimes telle qu’elle a été développée par l’INAVEM dès l’origine. « La seule réponse qui vaille consiste à rappeler que nous (l’INAVEM ndlr) n’avons jamais milité pour la sacralisation de la victime et de sa parole. Nous demeurons engagés dans cette justice d’apaisement de restauration du conflit passant par la réparation globale de la victime, de la société et la réhabilitation de l’auteur, c’est la justice chère à Robert Cario qui nous donne la voix de la sagesse… . Et de suggérer une grande cause nationale en direction des victimes.
ROBERT BADINTER, LE SAGE



